Espèce invasive
Une espèce invasive ou espèce envahissante est une espèce vivante exotique qui devient un agent de perturbation nuisible à la biodiversité autochtone des écodispositifs naturels ou semi naturels parmi lesquels elle s'est établie.
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Page(s) en rapport avec ce sujet :
- Rappelons qu'une espèce invasive est une espèce animale ou végétale... Projet européen DAISIE : Delivering Alien Invasive Species Inventories for Europe.... (source : gregprojetdurable.blog.ouestjob)
- Une espèce invasive est avant tout une espèce dite exotique, c'est-à-dire qu'elle est extérieure à son aire de répartition d'origine.... (source : onf)
- Cette espèce invasive est de plus en plus observée en France et représente une menace pour... Le Castor d'Europe · Les barrages ont un effet sur les océans... (source : mbgae)
Une espèce invasive ou espèce envahissante[1] est une espèce vivante exotique[2] qui devient un agent de perturbation nuisible à la biodiversité autochtone des écodispositifs naturels ou semi naturels parmi lesquels elle s'est établie. Les phénomènes d'invasion biologique sont actuellement reconnus par l'ONU comme une des grandes causes de régression de la biodiversité, avec la pollution, la fragmentation écologique des écodispositifs et la totalité constitué par la chasse, la pêche et la surexploitation de certaines espèces.
«Le qualificatif d'espèce invasive est associé à une espèce, à une sous-espèce ou à une entité d'un niveau taxonomique inférieur qui se trouve hors de son aire de répartition ou de son aire de dispersion potentielle (c'est-à-dire hors du domaine géographique qu'elle occupe naturellement ou peut occuper sans interventions humaines par introduction ou démarches spécifiques) et est applicable à toute partie d'un individu (gamète ou propagule) susceptible de survivre et de se reproduire»[3]
En réalité, il faudrait parler de «population invasive» et non d'espèce invasive.
Apparition de la notion
La notion d'espèce invasive est une notion récente. Pour la comprendre, il faut savoir que les équilibres entre espèces au sein des écodispositifs, à échelle de temps humaine au moins, sont assez bien établis. En l'absence d'intervention humaine, les phénomènes d'extension brutale de l'aire de répartition d'une espèce (dite invasive) sont extrêmement rares. L'homme, depuis qu'il a développé la chasse, l'agriculture et l'élevage, et plus toujours depuis qu'il dispose de moyens techniques lui permettant d'être présent et de se déplacer rapidement sur l'ensemble des continents, est devenu un particulièrement important vecteur de déplacement d'espèces hors de leurs écodispositifs d'origine, volontairement ou accidentellement. Des espèces deviennent aussi spontanément invasives parce que la chasse a fait disparaître leur prédateur ou que l'homme leur a offert un nouveau milieu facile à coloniser pour elles (cultures et forêts monospécifiques surtout). Quelquefois elles colonisent simplement l'aire de répartition et la niche écologique d'espèces que l'homme a fait disparaître ou a affaibli. Énormément d'espèces introduites l'ont été involontairement, le ballastage et déballastage des navires de commerce, le transport par les coques de péniches et de navires par exemple, est un vecteur d'introduction d'espèce qui a en premier lieu été ignoré, puis sous-estimé, et contre lequel peu de mesures sont prises. Certains comme Charles-François Boudouresque préfèrent parler d'espèces introduites pour marquer ce fait, mais l'ensemble des espèces introduites ne deviennent pas des espèces naturalisées ni ne produisent une invasion biologique. Certaines demeurent particulièrement dépendantes des conditions artificielles génèrées par l'homme.
Les populations qui se naturalisent échappent fréquemment au contrôle humain mais toutes ne sont pas invasives. On estime[4] qu'environ une espèce introduite sur mille devient invasive, autrement dit présente un impact écologique (Cf. définition) mais cette notion a dans un premier temps été une notion anthropique parce ce sont les impacts économiques ou sociaux sérieux que les humains ont remarqué en premier lieu.
Impacts sur la biodiversité
Certaines plantes ou espèces (animal, champignon) introduites devenues particulièrement invasives ont des impacts énorme sur la biodiversité, soit par la concurrence qu'elles exercent pour l'espace où elles croissent (ex : Caulerpa taxifolia en méditerranée) soit indirectement par des substances écotoxiques ou inhibitrices qu'elles émettent pour d'autres espèces, ou simplement parce qu'elles ne sont pas consommables par les herbivores natifs.
A titre d'exemple, la renouée du Japon, invasive des berges de cours d'eau et de certains talus d'infrastructure fait significativement reculer la biodiversité à l'endroit où elle couvre en taches particulièrement monospécifiques. Il était visible que sa progression se faisait toujours au détriment de la flore locale (herbacées surtout), mais une étude récente a montré que la diversité en vertébrés et en particulier en pâtissent aussi : l'abondance totale des invertébrés chute en moyenne d'environ 40 % sur les cours d'eau inventoriés, avec que le nombre groupes de leurs groupes (taxons) chute lui de 20 à 30 %. Secondairement - comme d'autres plantes invasives - la renouée fait reculer les populations d'amphibiens, reptiles, et oiseaux mais aussi de nombreux mammifères des habitats ripicoles, car ces derniers dépendent directement ou indirectement des espèces herbacées autochtones et/ou des invertébrés associés pour leur survie[5]. Qui plus est , la renouée s'installe plus aisément sur des néo-sols et milieux dégradés et pauvres en biodiversité. Pour l'ONU et son Évaluation des écodispositifs pour le millénaire, les espèces invasives sont devenues une des premières causes de régression de la biodiversité.
En Europe...
Un projet européen appelé DAISIE [6] a étudié pour 15 pays européens, de 2005 à 2008, l'importance de la faune exotique déjà établie en Europe pour l'ensemble des groupes animaux et végétaux. Pour la première fois, une attention spécifique à été portée aux invertébrés terrestres ainsi qu'aux champignons (travail coordonné par l'INRA). Les chercheurs ont été surpris d'identifier 1 517 espèces exotiques (insectes en particulier, mais également acariens, vers, mollusques terrestres) déjà établies en Europe. Cet inventaire n'est certainement pas exhaustif, ces espèces étant plus discrètes et complexes à détecter que les animaux et plantes supérieures.
La Commission Européenne a lancé une consultation[7] en ligne (ouverte à tous) ; du 3 mars au 5 mai 2008 et prévoit une communication pour la fin 2008, qui devrait se traduire par des mesures européennes pour freiner et traiter ce problème.
Selon l'INRA, en moyenne 19 espèces d'invertébrés exotiques supplémentaires se sont introduites et ont développé des populations viables à invasives en Europe chaque année pour la période 2000-2007 C'est presque le double du taux moyen mesuré (10/an) de 1950 et 1975. L'Asie est devenue le premier continent d'origine, avant l'Amérique du Nord. Moins de 10 % de ces organismes auraient été délibérément introduits (par exemple comme agent de lutte biologique ou NAC). La majorité serait arrivée avec des marchandises ou passagers involontairement «contaminés».
Le commerce des plantes ornementales exotiques (sous toutes leurs formes) serait selon l'INRA une voie privilégiée d'invasion biologique. L'étude montre que les milieux riches en biodiversité ainsi qu'à haut taux de naturalité semblent plus épargnés par les invasions, alors que les milieux particulièrement anthropisés sont ceux qui accueillent la majorité des espèces exotiques (champs, parcs et jardins, habitations). Le réchauffement climatique semble avoir favorisé l'implantation croissante au moins dans l'Europe du sud d'espèces d'origine subtropicale ou tropicale. Une base de donnée Daisie-europe-aliens est librement consultable par le public.
En zone tropicale
Dans ces zones les îles sont spécifiquemet touchées et vulnérables. En juillet 2005, une «initiative sur les espèces exotiques envahissantes dans les collectivités françaises d'outre-mer» a été lancée par le Comité français de l'UICN et le MEDAD qui doit produire un rapport et état des lieux complet sur la menace des invasions biologiques en France d'outre-mer, avec un réseau qui plus est de 100 experts et l'appui de 10 coordinateurs locaux.
Le rôle des transports longue-distance
Les espèces invasives introduites avec les eaux de ballast ou sous les coques de navires sont de plus en plus nombreuses. Les trains, camions et voitures en transportent aussi. Et une étude[8] de 2007 de l'université d'Oxford a montré que dans des régions au climat identique, plus on s'approche d'une zone alimentée par des lignes aériennes, plus augmente le risque d'invasion par des espèces étrangères animales, avec une «fenêtre d'invasion» en juin-août, a priori du fait du nombre de vols et de passagers qui augmente et de conditions climatiques favorables. 800 lignes aériennes ont été étudiées du 1er mai 2005 au 30 avril 2006 (soit 3 millions de vols à peu près).
Exemples
Les exemples d'espèces invasives ayant génèré des crises économiques plus ou moindres ne manquent pas :
- Wasmannia auropunctata, la petite fourmi folle qui a envahi la Nouvelle-Calédonie et Tahiti.
- Champignon Phytophtora infestans sur la culture de pomme de terre en Irlande provoquant la Grande Famine en 1845
- Phylloxéra Viteus vitifoliæ sur les vignes européennes à la fin du XIXe siècle
- Méduse Mnemiopsis leidyi en Mer Noire ayant énormément affaibli la ressource halieutique
- moule zébrée qui peut boucher des canalisations, gêner la navigation et diminuer la biodiversité
- Guêpe commune Vespula vulgaris en Australie et en Nouvelle-Zélande
- sans parler des cas plus anciens comme l'introduction du rat noir Rattus rattus et le rat gris Rattus norvegicus en Europe au Moyen Âge
- Scorpion dans certaines forêts drômoises ayant profondément bouleversé l'écodispositif et pouvant se révéler dangereux pour l'homme.
- jacinthe d'eau, diminuant la vie aquatique, faute de lumière, dans les rivières ou les lacs
- Homo sapiens peut être reconnu comme une espèce invasive du fait d'une démographie incontrôlée, d'impacts significatifs et néfastes sur l'environnement global (flore, faune, climats…),
Dans un contexte où les déplacements humains sont encore plus nombreux, l'impact climatique des activités humaines encore plus fort et la tentation de recours aux organismes génétiquement modifiés encore plus grande, le risque d'une augmentation des phénomènes d'espèces invasives avec ses conséquences sur la biodiversité est bien réel. Il a d'ailleurs commencé à être pris en compte au cours de la Conférence de Rio en 1992. Elles sont actuellement la seconde cause de régression de la biodiversité.
Exemples de cas d'invasions par des espèces introduites
- le lapin en Australie, et sur plusieurs îles : 24 lapins furent introduits en Australie en 1874 et se reproduirent particulièrement rapidement[9]. Afin d'arrêter les dégats génèrés par ces millions d'animaux, les Australiens relâchèrent des renards, jusqu'ici absents de l'île-continent, qui s'attaquèrent aux marsupiaux[9].
- la Caulerpa taxifolia en Méditerranée
- la perche du Nil dans le Lac Victoria
- la grenouille taureau dans le Sud-Ouest de la France
- l'écrevisse de Louisiane en Europe
- la truite fario (européenne) en Amérique du Nord
- l'écureuil gris qui provoque une forte régression de l'écureuil roux au Royaume-Uni
- le cerisier tardif (Prunus serotina Ehrh) devenu invasif en France par exemple en forêt de Compiègne
- la petite fourmi de feu ou fourmi électrique (Wasmannia auropunctata), espèce super-invasive en Polynésie ou en Australie
- ↑ Selon l'U. I. C. N. (Union Mondiale pour la Conservation de la Nature)
- ↑ ou allochtone ou non autochtone ou exogène ou étrangère
- ↑ Pascal et al., 2000.
- ↑ Williamson M., 1996. Biological invasions. Chapman & Hall, London, UK : 256 pp.
- ↑ GERBER E., KREBS C., MURRELL C., MORETTI M., ROCKLIN R., SCHAFFNER U. [2008]. Exotic invasive knotweeds (Fallopia spp. ) negatively affect native plant and invertebrate assemblages in European ripirian habitats. Biological Conservation 141 : 646-654 (9 p., 4 fig., 35 réf. ).
- ↑ Delivering Alien Invasive Species Inventories in Europe
- ↑ Consultation européenne sur les espèces envahissantes
- ↑ Source : «Proceedings of the Royal society», Avril 2007
- ↑ a b Jean Demangeot, Les milieux «naturels» du globe, Paris, Armand Colin, 10e édition, 2002, p. 105
Liens externes
Généralités :
- ISSG-GISD-IUCN
- (en) (ja) Biodiversity Network Japan
Exemples de pays :
- (en) GISD-ISSG-IUCN ci-dessus, pour la France (la réponse peut mettre quelquefois 5 minutes, mais elle fonctionne et donne un résultat complet)
- (en) Espèces invasives en Belgique
- (fr) Site de la Sociétés pour l'Étude, la Protection et l'Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest dont le n°120-121 du journal SUD-OUEST NATURE traite des espèces invasives en France.
- (fr) Faune et flore : lorsque les espèces nous envahissent - vidéo conférence des cafés de Nancy-Université, PERU Laurent, 12/06/2007, tous publics, 76 minutes
Exemples d'espèces :
- (fr) Les espèces introduites en milieu marin : faut-il s'en inquiéter ?
- (fr) Les écureuils introduits en France et en Europe occidentale : de la connaissance à la prévention Actes du 13e Forum des gestionnaires du 16 mars 2007 (31 p)
Bibliographie
- Rémy, E., Beck C., Allochtone, autochtone, invasif : catégorisations animales et vision d'autrui, Politix.
Recherche sur Amazone (livres) : |
La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 10/03/2009.
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