Formicidae / Fourmis

Les fourmis sont des insectes sociaux formant des colonies, nommées fourmilières, quelquefois extrêmement complexes, contenant de quelques dizaines à plusieurs millions d'individus.



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  • Famille Formicidæ - Fourmis (Ants) Version originale : pdf. Description : Les fourmis ouvrières n'ont pas d'ailes alors que les futures reines et les mâles en ont 2 paires.... Certaines espèces ont un aiguillon au bout de l'abdomen.... (source : insectesjardins)
  • ... Elles seront classées par espèces (si j'arrive à les identifier !... Formicidæ - Fourmis. Je suis pauvre en fourmis pour l'instant.... On observera quelques ouvrières jaune pâle sur la feuille en haut à gauche, ... (source : moineaudeparis)

Les fourmis (famille des formicidésFormicidæ —) sont des insectes sociaux formant des colonies, nommées fourmilières, quelquefois extrêmement complexes, contenant de quelques dizaines à plusieurs millions d'individus. Certaines espèces forment des «colonies de colonies» ou supercolonies. Les fourmis sont classées dans l'ordre des hyménoptères, comme les guêpes et les abeilles. Les termites, quelquefois nommés fourmis blanches sont de l'ordre des dictyoptères (sous-ordre des isoptères). Ils ne sont par conséquent pas des fourmis, quoiqu'ils leur ressemblent.

Description

Les premières fourmis connues seraient apparues à la fin du Crétacé[1] et seraient une évolution des guêpes du jurassique. Morphologiquement, elles se distinguent des autres insectes essentiellement par des antennes avec un coude marqué et par un pédoncule en forme de perle constitué des premiers segments abdominaux (qui sont joints au thorax chez les guêpes). Ce pétiole intercalé donne à l'abdomen une plus grande mobilité comparé au reste du corps (c'est la forme du pétiole qui sert à déterminer l'espèce de la fourmi à coup sûr). À l'exception des individus reproducteurs, la majorité des fourmis sont aptères (sans ailes).

Elles se sont adaptées à presque l'ensemble des milieux terrestres et souterrains (on en a trouvé jusqu'au fond d'une grotte de 22 km de long en Asie du Sud est ), sans cependant avoir colonisé les milieux aquatiques et les zones polaires et glaciaires permanentes.

Les œufs sont pondus par une ou quelquefois plusieurs reines (les espèces de fourmis possédant une seule reine sont nommées monogynes et celles possédant plusieurs reines sont dites poligynes), et la majorité des individus grandissent pour devenir des femelles aptères et stériles nommées ouvrières. Périodiquement, des essaims de nouvelles reines et de mâles, généralement pourvus d'ailes, quittent la colonie pour se reproduire. Les mâles meurent ensuite rapidement, alors que les reines survivantes, fécondées, fondent de nouvelles colonies ou, quelquefois, retournent dans leur fourmilière natale.

Densité de nids

Elle fluctue fortement selon l'espèce et l'environnement, étant surtout lié à la disponibilité en nourriture.

La Formica yessensis, une espèce de fourmi des bois a construit une colonie de 45 000 nids sur 1250 ha à Hokkaidō (Japon), abritant plus d'1 million de reines et 306 millions d'ouvrières[2].

Développement

Les fourmis se développent par métamorphose complète, en passant par trois stades successifs : œuf, larve, nymphe (quelquefois pupe ou cocon, essentiellement chez les Formicinæ) puis adulte (sans croissance à l'état adulte). La larve, privée de pattes, est spécifiquement dépendante des adultes. Les différences morphologiques majeures entre les reines et les ouvrières, et entre les différentes castes d'ouvrières lorsqu'elle s existent, sont induites par le régime alimentaire au stade larvaire. Quant au sexe des individus, il est génétiquement déterminé : si l'œuf est fécondé, l'individu est dans ce cas XX, et diploïde[réf.  nécessaire] l'œuf donnera une femelle (ouvrière ou reine), s'il ne l'est pas, l'individu est X0, et haploïde et forme un mâle[réf.  nécessaire].

La majorité des fourmis pratiquent la trophallaxie, le processus alimentaire au cours duquel une fourmi régurgite une partie de la nourriture qu'elle a ingérée dans son jabot social pour la restituer à une autre fourmi. Le genre Messor a la particularité de n'avoir pas de jabot social et de ne pas faire de trophallaxies. Les larves et les pupes doivent être tenues à température constante pour assurer leur développement et sont fréquemment déplacées parmi les diverses chambres de couvée de la fourmilière.

Une nouvelle ouvrière passe les premiers jours de sa vie adulte à s'occuper de la reine et des jeunes. Par la suite, elle participe à la construction et au maintien du nid, puis à son approvisionnement ainsi qu'à sa défense. Ces changements sont assez brusques et définissent des castes temporelles[réf.  nécessaire]. C'est-à-dire que les ouvrières se regroupent selon l'activité commune qu'elles auront à un stade de leur vie.

Chez certaines fourmis, il existe aussi des castes physiques. Selon leur taille, les ouvrières sont mineures, moyennes ou majeures, ces dernières participant plutôt à l'approvisionnement. Fréquemment les fourmis les plus grandes sont disproportionnées : tête plus grande et mandibules plus fortes. Chez quelques espèces, les ouvrières moyennes ont disparu, et il existe une grande différence physique entre les petites et les géantes, nommées quelquefois soldats quoique leur rôle défensif ne soit pas obligatoirement prépondérant.

Type de morphologie

Schéma anatomique d'une ouvrière
Schéma anatomique d'une ouvrière

Parmi les 11 800 espèces connues à peu près (on estime à plus de 20 000 le nombre total d'espèces), la plus grande (30 mm de long) est Dinoponera quadriceps chez laquelle la reproduction d'une ouvrière aboutit, invariablement, à la mort en pleine action de son soupirant : toujours accouplée, elle lui sectionne l'abdomen. Puis retourne au nid, toujours pourvue des pièces génitales de sa brève rencontre, ce qui la rend non réceptive aux avances des autres mâles.

Toutes sortes de comportements sont observés chez les fourmis, le nomadisme en fait partie des plus remarquable. Les fourmis légionnaires d'Amérique du Sud et d'Afrique, respectivement. Celles-ci ne forment pas de nid permanent, mais alternent plutôt entre des étapes de vie nomade et des étapes où les ouvrières forment un nid provisoire (le bivouac) à partir de leurs propres corps. La majorité des fourmis forment des colonies stationnaires, creusant d'habitude dans le sol ou une cavité. Les colonies se reproduisent par des vols nuptiaux comme décrit plus haut, ou par la fission (un groupe d'ouvrières creuse simplement un nouveau trou et élève de nouvelles reines). Les membres de différentes colonies sont identifiés par l'odeur et généralement les intrus sont attaqués, avec des exceptions notables. D'autres méthodes de développement de nouvelles colonies ont été observées :

Reine de Formica sanguinea
Reine de Formica sanguinea
Une fois nées, les ouvrières esclaves ne se rendent compte de rien, et pensent être dans leur fourmilière d'origine. Elles se mettent par conséquent tout naturellement au travail.
Il arrive quelquefois qu'une reine d'une autre espèce soit prise en esclavage, la fourmilière disposera par conséquent pendant une vingtaine d'années d'esclaves à profusion.
Quelques espèces, comme les fourmis amazones (Polyergus rufescens ), sont devenues totalement dépendantes de telles esclaves, au point d'être incapables de s'alimenter sans leur aide.
Nid de feuilles assemblée par des fourmis tisserandes (Philippines). La reine est transportée un peu plus loin par les ouvrières lorsque les feuilles se dessèchent
e telles fourmis ont été installées depuis des siècles sur des cultures en Chine pour en protéger les fruits contre d'autres insectes, le prix à payer étant quelques piqûres lors de la récolte, mais attention ces espèces sont volontiers invasives.
Nid de feuilles assemblée par des fourmis tisserandes (Philippines). La reine est transportée légèrement plus loin par les ouvrières quand les feuilles se dessèchent. De telles fourmis ont été installées depuis des siècles sur des cultures en Chine pour en protéger les fruits contre d'autres insectes, le prix à payer étant quelques piqûres lors de la récolte, mais attention ces espèces sont volontiers invasives.

Concernant la reproduction, la Wasmannia auropunctata a la possibilité assez exceptionnelle d'avoir deux modes de multiplication : la reproduction ou la multiplication asexuée par clonage.

Fourmi sans reine

Icône de détail Article détaillé : Fourmi sans reine.

Un pour cent des espèces de fourmis recensées dans le monde sont des fourmis sans reine[3]. Elles vivent dans des colonies particulièrement réduites où des ouvrières se reproduisent de temps en temps. On peut citer Streblognathus peetersi, une fourmi vivant en Afrique.

Citons :

Le privilège de la reproduction est le fruit d'une organisation hiérarchique, où la gamergate, individu dominant de la colonie, occupe cette place centrale. Son privilège reproductif pourra être remis en cause par des rivales au cours de joutes phéromonales et d'agressions ritualisées.


Sous-familles


Chez les Ponérinés, les reines ne se distinguent généralement que difficilement des ouvrières ; le passage d'une caste à l'autre se fait plutôt par des formes de transition. Elles changent des autres fourmis par la base de l'abdomen : le pétiole se compose d'un segment avec un nœud, et l'anneau abdominal qui suit est scindé du gastre par une encoche particulièrement nette. Reines et ouvrières possèdent un aiguillon. Les nymphes sont toujours enveloppées par un cocon. Cette sous-famille habite en particulier les pays chauds. En France, elle est représentée par 7 espèces.


Espèces spécifiquement connues en France : Ponera coarctata (fait partie des "Fourmis sans reine" citées plus haut.



Les Myrmicinés se distinguent aisément des autres fourmis par leur pétiole abdominal. Il se compose toujours de deux segments en forme de nœuds qui correspondent aux 1er et 2nd segments abdominaux. Reines et ouvrières possèdent un aiguillon, et certaines espèces peuvent infliger des piqûres particulièrement douloureuses. Les nymphes ne sont pas enveloppées d'un cocon comme chez la majorité des fourmis à écaille (myrmicinés, dolichodérinés, formicinés). En France, on trouve 106 espèces de Myrmicinés.


Espèces spécifiquement connues en France : Myrmica scabrinodis, Myrmica Rubra, Tetramorium cæspitum, Leptothorax Tuberum, Diplorhoptrum fugax (ou Solenopsis fugax), Crematogaster scutellaris, Pheidole pallidula, Messor sp.



Les représentants de cette sous-famille peu nombreuse (9 espèces en France) possèdent un pétiole à écaille, mais celle-ci est basse et inclinée vers l'avant, au contraire de celui des Formicinés, que nous verrons ensuite. Le gastre, ou abdomen, n'est composé que de 4 segments chez les reines et ouvrières. Aiguillon atrophié, nymphes nues.


Espèces spécifiquement connues en France : Tapinoma erraticum.



Chez les Formicinés, le pétiole entre thorax et abdomen forme une écaille plate et dressée. Le gastre, derrière le pétiole, se compose de 5 segments chez les ouvrières et les reines, contraiment aux dolichodérinés. L'aiguillon est atrophié mais les glandes à venin sont complètement développées ; l'acide formique est rejeté l'abdomen relevé, après que les mandibules aient infligées une blessure. Chez presque l'ensemble des espèces, les nymphes sont enveloppées d'un cocon. Ce cocon ne fait défaut que chez les Camponotus truncatus, une espèce rare. 55 espèce des Formicinées sont présentes en France.

Très important, il mérite un paragraphe. Ce genre comprend de petites espèces dont les ouvrières ne possèdent généralement que des ocelles à peine développées. Les articles des antennes, du 2nd au 6ème, sont toujours nettement plus courts que l'avant-dernier d'entre eux. La majorité des espèces se nourrissent essentiellement de miellat (de pucerons ou de conchenilles). Ces fourmis sont les traditionelles fourmis noires des jardins, qui apprécient les fruits et les liquides sucrés.


Espèces spécifiquement connues en France : Camponotus ligniperda, Lasius sp., Formica rufa, Formica sanguinea, Polyergus rufescens.

Comportements

Les fourmis possèdent un comportement qu'on retrouve chez les poussins consistant à rassembler la plupart d'individus pour créer une colonie fonctionnelle et rapide.

Communication

Les fourmis « sentent » avec leurs antennes, mobiles et coudéesertains individus dits majors disposent de puissantes mandibules
Les fourmis «sentent» avec leurs antennes, mobiles et coudées. Certains individus dits majors disposent de puissantes mandibules
Sous une planche de bois, dans une friche urbaine (Lille, France, le 16 juin 2002)
Sous une planche de bois, dans une friche urbaine (Lille, France, le 16 juin 2002)

La communication entre les fourmis se fait en particulier au moyen de produits chimiques volatiles nommés phéromones, émises par diverses glandes, quelquefois dans une substance lipophile qui recouvre naturellement tout le corps de la fourmi. Comme d'autres insectes, les fourmis sentent avec leurs antennes. Celles-ci sont assez mobiles, ayant — comme mentionné plus haut — une articulation coudée après un premier segment allongé (le scape), leur permettant d'identifier autant la direction que l'intensité des odeurs. Ce dispositif d'orientation olfactif est combiné avec des composantes visuelles (points de repère, position du soleil), capacité à mesurer la distance parcourue.

L'utilisation principale des phéromones réside dans la définition et le repérage de «pistes» olfactives conçues pour guider les fourmis vers des sources de nourriture (voir ci-dessous). Les phéromones sont aussi mélangées avec la nourriture échangée par trophallaxie, informant chacune sur la santé et la nutrition de ses congénères. Les fourmis peuvent aussi détecter à quel groupe de travail (par exemple le fourragement ou la maintenance de nid) l'une ou l'autre appartient. De même, une fourmi écrasée ou attaquée produira une phéromone d'alerte dont la concentration élevée provoque une frénésie agressive chez les fourmis à proximité ou dont une concentration plus faible suffit à les attirer. Occasionnellemen, les phéromones peuvent être utilisées pour tromper les ennemis, ou même pour influencer le développement des individus. Ainsi, la reine produit une phéromone spéciale en l'absence de laquelle les ouvrières commenceront à élever de nouvelles reines.

Certaines fourmis émettent des sons, on parle dans ce cas de stridulations (friction de la râpe, constituée d'un alignement de côtes, de stries, de dents, d'épines, et du grattoir, qui consiste en une saillie ou un bord vif, qui produit la stridulation, légèrement comme le ferait un clou grattant sur une lime ou l'ongle passant sur les dents d'un peigne). Ces sons permettent dans ce cas d'attirer d'autres ouvrières pour, par exemple, porter une proie trop lourde pour un individu isolé. Cette méthode est cependant moins efficace que la piste de phéromones, comme l'a montré G. D dans sa fameuse expérience du même nom.

D'autres utilisent aussi la communication visuelle, de moins en moins courante. Chez les Tetraponeras par exemple, quand les larves ont un besoin en nourriture, elles remuent simplement la tête pour que, rapidement, une ouvrière intervienne pour lui ingurgiter de la nourriture liquide de bouche à bouche. Chez les Tisserandes, quand une ouvrière se lance dans la construction d'un nouveau nid, elle débute par agripper une feuille pour la courber. Elle sera immédiatement rejointe par son entourage qui aura aperçut la scène et qui l'aidera dans sa tâche. C'est ainsi qu'elles pourront rejoindre les bords de deux feuilles pour les tisser entre elles.

Comportement collectif

Les fourmis attaquent et se défendent en mordant et , pour certaines espèces, en projetant de l'acide formique (fomicinæ) qui fait fondre la chitine des insectes, ou d'autres substances pouvant engluer un adversaire, ou encore en piquant avec un aiguillon (qui chez quelques espèces reste piqué avec la glande à venin dans la peau de la victime).

Chez la majorité des espèces, la colonie a une organisation sociale complexe et est capable d'accomplir des tâches complexes (exploiter au mieux une source de nourriture, par exemple). Cette organisation apparaît grâce aux nombreuses interactions entre fourmis, et n'est pas dirigée -- au contraire de une idée répandue -- par la reine. On parle dans ce cas d'intelligence collective, pour décrire la manière dont ce comportement collectif complexe apparaît, grâce à des règles individuelles assez simples.

Dans les colonies de fourmis, le «comportement global» n'est par conséquent pas programmé chez les individus, on dit qu'il émerge de l'enchaînement de la plupart d'interactions locales entre les individus et leur à peu prèsnement.

Un exemple classique de comportement collectif auto-organisé est l'exploitation des pistes de phéromones. Une fourmi seule n'a pas l'intelligence indispensable pour choisir le plus court chemin dans un à peu prèsnement complexe. De fait, c'est la colonie dans son ensemble (du moins, les individus impliqués dans le fourragement) qui va choisir ce chemin.

En 1980, Jean-Louis Deneubourg a pu vérifier expérimentalement qu'une colonie de fourmis (de l'espèce Lasius niger) disposant de deux chemins de longueurs différentes pour rallier une source de nourriture, choisissait plus fréquemment le chemin le plus court. Il décrit ainsi ce phénomène [4]

« (... ) un «éclaireur», qui découvre par hasard une source de nourriture, rentre au nid en traçant une piste chimique. Cette piste stimule les ouvrières à sortir du nid et les guide jusqu'à la source de nourriture. Après s'y être alimentées, les fourmis ainsi recrutées rentrent au nid en renforçant à leur tour la piste chimique. Cette communication attire vers la source de nourriture une population de plus en plus nombreuse. Un individu qui découvre une source de nourriture y «attire» en quelques minutes n congénères (par exemple 5) ; chacun de ceux-ci y attirent à leur tour n congénères (25), et ainsi de suite. »

Si on considère plusieurs chemins pour se rendre sur le lieu d'approvisionnement, on comprend que les individus empruntant le plus court reviendront plus vite à la fourmilière que ceux qui auront pris le plus long. C'est ainsi que ce chemin comportera une trace olfactive de plus en plus forte comparé aux autres et sera par conséquent préféré par les fourmis.

On connaît depuis d'autres exemples de ce type, comme la construction du nid, la répartition du couvain dans ce dernier, l'entassement des cadavres de la colonie, l'organisation en «supercolonies», etc.

Répartition
Écozone Nombre
d'espèces[5]
Néotropique 2162
Néarctique 580
Europe 180
Afrique 2500
Asie 2080
Mélanésie 275
Australie 985
Polynésie 42

Une estimation du nombre de fourmis vivant actuellement sur terre à un instant donné est à peu près 10 millions de milliards d'individus[6]. Les fourmis formeraient 1 à 2 % du nombre d'espèces d'insectes, mais près de 20% de leur biomasse[1]. Chaque individu ne pèse que de 1 à 10 milligrammes, mais leur masse cumulée dépasserait celle de l'humanité. Environ 12 000 espèces[réf.  nécessaire] de fourmis sont répertoriées en 2005, mais on en découvre régulièrement, principalement en zone tropicale et dans la canopée (qui n'est explorée que depuis quelques dizaines d'années). Seules 400 espèces[réf.  nécessaire] sont connues en Europe, alors qu'on peut compter jusqu'à 40 espèces différentes sur un seul mètre carré de forêt tropicale en Malaisie (668 espèces comptées sur 4 hectares à Bornéo[réf.  nécessaire], et 43 espèces sur un seul arbre de la forêt péruvienne amazonienne[réf.  nécessaire], soit presque autant que pour toute la Finlande ou les îles Britanniques). Environ huit millions d'individus ont été comptés sur un hectare d'Amazonie brésilienne[réf.  nécessaire], soit trois à quatre fois la masse cumulée des mammifères, oiseaux, reptiles, et amphibiens vivant sur cette surface. Elles jouent un rôle majeur dans le recyclage des espèces et dans la formation et la structuration des sols. Plusieurs espèces vivent en symbiose avec des bactéries, des champignons, des animaux (papillons ou pucerons par exemple) ou avec des arbres ou des fleurs.

Relations de coopération et de prédation

Fourmis (Oecophylla smaragdina) avec des pucerons
Fourmis (Œcophylla smaragdina) avec des pucerons
  • Des pucerons sécrètent un liquide sucré nommé le miellat. Théoriquement il tombe au sol, mais certaines fourmis s'en nourrissent. Les fourmis tiennent à distance les prédateurs des pucerons et les transportent aux meilleurs emplacements pour se nourrir. Certaines les accueillent au sein même de la fourmilière, pour les espèces se nourrissant sur les racines des plantes. Les fourmis sont par conséquent les seuls animaux connus à posséder, tout comme l'homme, des animaux domestiques [réf.  nécessaire].
  • Des chenilles myrmécophiles ou aimant la fourmi (généralement bleues, cuivrées, ou aux poils rayés) sont mises en pâture comme du bétail par les fourmis le jour, et sont ramenées à l'intérieur du nid des fourmis la nuit. Ces chenilles ont une glande qui sécrète le miellat lorsque les fourmis les massent [réf.  nécessaire].
  • Quelques chenilles myrmécophages (se nourrissant de fourmis) sécrètent une phéromone qui fait que les fourmis prennent la larve pour une des leurs. Les chenilles sont dans ce cas emportées dans le nid où elles peuvent se nourrir de larves de fourmi [réf.  nécessaire].
Fourmis récoltant le miellat d'un puceron
Fourmis récoltant le miellat d'un puceron

Résistance

Les fourmis produisent naturellement, surtout pour protéger leurs œufs et leurs cultures de champignons des insecticides, des fongicides, des bactéricides, des virucides et une batterie de molécules complexes dont les fonctions ne sont pas toutes connues. Elles font partie des premières espèces pionnières et montrent des capacités surprenantes de terrassement, de colonisation et de résilience écologique, et même de résistance à la radioactivité.

Terrassement
Entrée de fourmilière
Entrée de fourmilière

Les ouvrières de l'espèce Atta d'un seul nid peuvent mobiliser et répartir sur 100 mètres carrés jusqu'à 40 tonnes de terre. Certaines espèces jouent un rôle au moins aussi important que celui des lombrics pour les couches superficielles du sol ; ce sont de 400 à 800 kg de sol qui sont creusés, mobilisés, transportés, maçonnés pour construire un nid climatisé dans le désert, et 2, 1 tonnes en Argentine par Camponotus punctulatus . De nombreuses espèces décolmatent et acidifient le sol rendant mobilisables des nutriments autrement moins biodisponibles. Ils enfouissent de la matière organique et remontent en surface un sol fragmenté en petites particules propices à la croissance des graines. Les fourmis contribuent à la fois à homogénéiser et aérer le sol, à l'enrichir en surface et en profondeur, tout en diversifiant les habitats selon la proximité de la fourmilière.

Fonctions écologiques

Les fourmis tropicales Atta peuvent découper les feuilles d'arbres sains, mais ses individus sont attirés par l'odeur de la sève des feuilles ou tiges blesséeslles peuvent défolier entièrement un grand arbre tombé au sol en 12 à 48 heureses feuilles serviront de support aux cultures d'un champignon dont la fourmi atta est friande
Les fourmis tropicales Atta peuvent découper les feuilles d'arbres sains, mais ses individus sont attirés par l'odeur de la sève des feuilles ou tiges blessées. Elles peuvent défolier entièrement un grand arbre tombé au sol en 12 à 48 heures. Ces feuilles serviront de support aux cultures d'un champignon dont la fourmi atta est friande

Les fourmis jouent un rôle pédologique majeur, elles protègent certains arbres de parasites la fourmi rousse des bois Formica polyctena est protégée par la loi dans plusieurs pays à juste titre, dans la mesure où elle consommerait 14 500 t d'insectes par an, rien que dans les forêts alpines d'Italie, conservant des «îlots verts» autour de leurs nids lors des épisodes de défoliation).

D'autres espèces cultivent des parasites des plantes (pucerons ou cochenilles dont elles exploitent le miellat) Elles protègent aussi certaines espèces qui leur fournissent abri ou nourriture. Elles contribuent à disperser ainsi qu'à faire germer de nombreuses graines, près de 100 % des graines d'une euphorbe méditerranéenne sont transportées par 3 ou 4 espèces de fourmis qui consomment l'élaiösome charnu et gras de la graine en rejetant le reste, sans affecter sa capacité germinative[réf.  nécessaire]. Dans un même à peu prèsnement, une prairie avec fourmilières est plus productive que celle qui en est dépourvue[réf.  nécessaire]. De nombreuses épiphytes dépendent des fourmis ou sont favorisées par leur présence. Pour les attirer, ces épiphytes leur offrent du nectar et/ou un abri en échange d'une protection contre divers prédateurs et quelquefois d'une aide à la dispersion des graines (certaines fourmis (Crematogaster[7], [8] ou Camponotus) végétalisent leurs nids et produisent des jardins suspendus en incorporant des graines d'épiphytes dans les parois de leurs nids faits de fibres ou pulpe de bois mâchées) Elles défendent activement leurs jardins et en tirent un nectar extrafloral, un abri supplémentaire et peut-être une protection microclimatique.

Certaines espèces causent cependant des dégâts à certaines plantes cultivées par l'élevage des pucerons et cochenilles. Des espèces introduites et particulièrement invasives ne sont pas combattues par les fourmis locales du pays d'arrivée (elles ne les reconnaissent pas comme dangereuses). C'est une cause de régression de la biodiversité, par régression ou disparition d'espèces de fourmis concurrentes ou d'espèces d'autres règnes.

Fonctions agronomiques ou pour l'agrosylviculture

Certaines espèces de fourmis tisserandes sont depuis longtemps introduites dans les cultures fruitières pour défendre les fruits d'attaques d'insectes, des fourmis du genre Ectatomma à petits effectifs mais à nids nombreux (11 000 nids/ha comptabilisés dans les plantations de café ou cacao au Chiapas[réf.  nécessaire] au Mexique patrouillent en permanence et mangeraient chaque année 16 millions de proies pour Ectatomma tuberculatum et 15 fois plus (260 millions) pour Ectatomma ruidum. [réf.  nécessaire]. les Solenopsis invicta défendent la canne à sucre de certains parasites majeurs, comme la Wasmannia auropunctata protège les cocotiers des punaises, mais ces espèces sont fréquemment invasives et provoquent des piqûres particulièrement douloureuses.

Fonction sanitaire

Certaines espèces de fourmis, nécrophages, limitent la diffusion et pullulation de pathogènes.
Certaines espèces de fourmis, nécrophages, limitent la diffusion et pullulation de pathogènes.

Les fourmis jouent un rôle majeur de nécrophage, même en pleine ville et en zone tempérée pour des oiseaux, rats, souris et autres petits animaux morts par exemple. En nettoyant rapidement les cadavres dont elles ne laissent fréquemment que les os, cuticules dures ou arêtes elles empêchent la libération dans l'environnement de nombreux propagules de microbes pathogènes.

On estime que 90 % au moins des cadavres d'insectes, dans la nature finissent dans des fourmilières, avant d'être recyclés dans le sol.

Les fourmis se nettoient sans cesse et s'enduisent, elles, leurs reines mais aussi leurs œufs de molécules bactéricides, virucides et antifongiques. Les fourmis chargées d'éliminer les cadavres du nid, les excréments et autres déchets sont fréquemment des ouvrières en fin de vie ou des individus qui restent dans les lieux consacrés aux déchets et n'ont plus de contacts directs avec les autres fourmis. Certaines espèces s'enduisent de bactéries filamenteuses "amies" qui repoussent d'autres bactéries, pathogènes. Cependant, leurs élevages de pucerons peuvent induire l'infestation des plantes par des champignons, via le miellat ou les piqûres faites dans les feuilles.

Autres fonctions

L'industrie, pharmaceutique surtout, s'intéresse aux nombreuses substances synthétisées par les fourmis. Des fourmilières reconstituées et circulant dans des salles et couloirs de plastique sont utilisés comme moyen pédagogique. La fourmi comme individu ou société intéresse aussi les cybernéticiens ou les scientifiques qui travaillent sur l'auto-organisation.

Menaces

Certaines pollutions, dont celles par les pesticides affectent de nombreuses espèces, mais c'est en particulier l'introduction d'autres espèces de fourmis, invasives, et la destruction de leurs habitats (forêts, prairies, savanes et brousses tempérées, savanes, bocage) qui sont les premières menaces. Leurs prédateurs naturels sont nombreux, des mouches parasites, aux mammifères tels que le pangolin ou le tamanoir qui sont des consommateurs spécialisés, de nombreux animaux les consomment de temps à autres, le faisan ou l'ours brun en Europe, ou encore les chimpanzés, qui savent utiliser des brindilles pour aller les chercher dans leur nid, sans jamais mettre en péril les espèces, semble-t-il.

Les fourmis arboricoles se déplaçant le long des branches ou sur les feuilles dans la canopée de la forêt courent le risque d'être balayées par le vent, la pluie, ou même par un singe qui passe. On a observé en 2005 que les fourmis arboricoles survivent en se comportant en "parachutistes". Quand elles tombent, elles se mettent en position pattes écartées, comme les parachutistes qui contrôlent leur chute en inclinant leurs membres et leur corps. Ces fourmis glissent avec les pattes antérieures et l'abdomen orientés vers le tronc d'arbre, effectuant fréquemment des virages à 180° en direction de la cible dans les airs.

Histoire de l'espèce

Position phylogénétique [9].

-o 
 +-o Sierolomorphidæ 
 +-o
 +-o 
 ¦ +-o Tiphiidæ
 ¦ +-o
 ¦ +-o Sapygidæ
 ¦ +-o Mutillidæ
 +-o
 +-o
 ¦ +-o Pompilidæ
 ¦ +-o Rhopalosomatidæ 
 +-o
 +-o Formicidæ
 +-o
 +-o Vespidæ
 +-o Scoliidæ 

Les Formicidæ sont nés il y a 120 millions d'années depuis des insectes apparentés aux guêpes. Par conséquent, de nombreuses espèces sont apparues en se spécialisant autant pour la vie souterraine que arboricole, voir les deux. La sous-famille Martialinæ , dont l'unique espèce membre en 2008 est Martialis heureka, pourrait être à l'origine de l'ensemble des autres sous-familles.

La fourmi et l'homme

Les rapports entre humains et fourmis sont particulièrement variables. D'une part, les fourmis ont fréquemment été utilisées dans des fables et des histoires enfantines pour représenter l'acharnement au travail et l'effort coopératif. Elles peuvent aussi être perçues comme utiles pour nettoyer des insectes parasites et aérer le sol. D'autre part, elles peuvent devenir sources de nuisances mineures ou parasites elles-mêmes lorsqu'elle s envahissent les maisons, les cours, les jardins et les champs. La fourmi Tetraponera colonise un arbre creux le Barteria surnommé au Gabon l'arbre de l'adultère. On y attachait les femmes adultères dans le temps. La morsure d'une fourmi étant aussi douloureuse que celle d'une guêpe mais moins durable.

Avec la mondialisation des échanges commerciaux et des transports, plusieurs espèces sont devenues invasives. Une certaine espèce, nommée fourmi tueuse, a tendance à attaquer des animaux bien plus grands qu'elle dans sa quête de nourriture ou dans la défense de ses nids. Les attaques sur l'homme sont rares, mais les piqûres et les morsures peuvent être particulièrement douloureuses et incapacitantes si elles sont répétées, avec un choc anaphylactique envisageable pour quelques espèces dangereuses. Les fourmis peuvent aussi être source de problème quand elles sont introduites dans des zones géographiques où elles ne sont pas autochtones (comme Linepithema humile, la fourmi d'Argentine, formant la supercolonie qui va des côtes italiennes aux côtes espagnoles en passant par la France, soit plus de 6 000 km[10], et exterminant les espèces autochtones). Les fourmis de feu peuvent par exemple attaquer et tuer de jeunes alligators du Mississippi au sortir de l'œuf.

Galerie photos

Bibliographie

  • Heikko Bellmann (1999). Guide des abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d'Europe. Delachaux et Niestlé (Lausanne), coll. Les compagnons du naturaliste : 336 p.
  • Daniel Cherix (1986). Les Fourmis des bois. Payot (Lausanne), collection Atlas visuels, série Comment vivent-ils ? : n. f.
  • Bert Hölldobler et Edward O. Wilson (1994) Voyage chez les fourmis, , Seuil (Paris), coll. Science ouverte : 247 pages.
  • Julian Huxley (1955). Les Voies de l'instinct : fourmis et termites. À la Baconnière (Neuchâtel), coll. Observation et synthèse : 104 p.
  • Pierre Jolivet (1986), Les Fourmis et les Plantes. Un exemple de coévolution. Éditions Boudée (Paris)  : 254 pages.
  • Pierre-André Latreille (1989). Histoire des fourmis de la France. Cité des sciences et de l'industrie (Paris)  : 64 p.
  • Luc Passera (1987). L'organisation sociale des Fourmis. Privat (Toulouse), coll. Bios : 280 p.
  • Luc Passera et Serge Aron (2005)  : Les fourmis : comportement, organisation sociale et évolution. Les Presses scientifiques du CNRC, Ottawa, Canada. 480 pp.
  • Luc Passera La véritable histoire des fourmis. Fayart (France) le temps des science. Oct 2006 ISBN 2-213-62886-6 33-60-3086-2/01
  • Albert Raigner (1952). Vie et Mœurs des fourmis. Payot (Lausanne), coll. Bibliothèque scientifique, 11 : 223 p.
  • Laurent Keller et Elisabeth Gordon (2006)  : La vie des fourmis. Odile Jacob, 303 p.

Aspects culturels

La fourmi est fréquemment symbole d'un être travailleur, agressif et vindicatif. Les fourmis sont quelquefois utilisées comme un remède contre la paresse (comme au Maroc). Dans certaines régions africaines, les fourmis sont les messagers des dieux. On dit fréquemment que les morsures de fourmi ont des propriétés curatives. Quelques religions amérindiennes, comme la mythologie Hopi, reconnaissent les fourmis comme des ancêtres. Les morsures de fourmi sont utilisées comme test d'endurance et de courage dans les cérémonies d'initiation de certaines cultures africaines et amérindiennes[11].

La fourmi a été le thème d'un certain nombre de créations culturelles :

Fourmi dans les arts plastiques : Fourmis géantes en métal au rond-point de Bédarieux.

Rond-point de Bédarieux. Sculpteur Jean-Pierre Maurice
Rond-point de Bédarieux. Sculpteur Jean-Pierre Maurice

Voir aussi : liste des fourmis de fiction.

Une sourate du Coran se nomme les fourmis, il s'agit de la référence à une parabole qui évoque les fourmis[12]

Voir aussi

Références externes

Liens externes

  • AntBase. org Base de données (environ 12 000 espèces) (en)
  • AntBase. fr base de données coopératives sur les fourmis de France métropolitaine.
  • myrmecos. net, base de données photographiques sur les espèces de formicidæ.
  • AntArea, Etude des fourmis françaises métropolitaines (identification, systématique, clef de détermination, répartition et localisation des espèces).

Notes

  1. ab (en)  «In search of ant ancestors», dans Proc. Natl. Acad. Sci. USA,  2000,  97 (26), p.  14928–14029 [résumé]
  2. (en)  Higashi, S. et K. Yamauchi,  «Influence of a Supercolonial Ant Formica (Formica) yessensis Forel on the Distribution of Other Ants in Ishikari Coast», dans Japanese Journal of Ecology ,  1997,  29, p.  257-264.
  3. Interview de Christian Peeters
  4. [http ://www. archipress. org/ts/deneubourg. htm sur archipress. org
  5. B. Hölldobler & E. O. Wilson, The Ants, Harvard University Press
  6. Voyage chez les fourmis, de Bert Hölldobler et Edward O. Wilson, p12
  7. (en) Truman P. Young, Maureen L. Stanton, Caroline E. Christian (2003) Effects of natural and simulated herbivory on spine lengths of Acacia drepanolobium in Kenya. Oikos April 2003, 101 (1), 171–179. DOI :10.1034/j. 1600-0706.2003.12067. x
  8. (en) Stapley L (1999) Physical worker castes in colonies of an acacia-ant (Crematogaster nigriceps) correlated with an intra-colonial division of defensive behaviour. Insectes sociaux 1999, vol. 46, no2, pp. 146-149.
  9. Brothers, D. J. 1999. Phylogeny and evolution of wasps, ants and bees (Hymenoptera, Chrysisoidea, Vespoidea, and Apoidea). Zoologica Scripta 28 : 233–249.
  10. (en)  Giraud, Tatiana, Jes S. Pedersen, et Laurent Kelle,  «Evolution of supercolonies : The Argentine ants of southern Europe», dans National Academy of Sciences,  2002,  99 (9) [résumé]
  11. voir surtout le roman L'enfant noir de Camara Laye)
  12. Sourate XXVII du Coran, vers 18

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